Le dopage en 2016 ne se résume pas à la Russie

C’est sans précédent : depuis le début de l’année, un joueur de Baseball tombe tous les trois jours en moyenne pour dopage. Un fait passé totalement inaperçu en cette année olympique, au cours de laquelle les soupçons entourant les sportifs russes ont fait les gros titres. L’objectif de cette infographie trimestrielle est précisément de mettre en perspective l’impact médiatique de certains scandales par rapport à la réalité des chiffres connus. 

Il n’est pas simple de tenir à jour en 2016 la comptabilité des cas de dopage révélés dans le monde du sport. Entre les nombreux cas révélés, suite à l’interdiction d’usage du Meldonium depuis le 1er janvier, les échantillons ré-analysés de certains athlètes présents aux JO de Pékin et Londres,  mais aussi les nombreux sportifs russes privés de participation aux JO de Rio, en raison de fortes suspicions de dopage révélées par le rapport McLaren (commandé par l’AMA), reconnaissons que nous avons peiné à réaliser une photographie « crédible » de la lutte anti-dopage à travers toutes ces révélations parfois soumises à contradiction au sein même de la « famille » olympique.

 

 

Le cas particulier du Meldonium 

 

Nous avons pris le parti de ne pas inclure les cas positifs au meldonium révélés en début d’année, suite aux communications de l’AMA qui, dès le printemps, reconnaissait la persistance de cette substance dans les urines de leurs consommateurs pour une durée difficile à préciser. D’où l’impossibilité d’apporter la démonstration, dans un grand nombre de cas, que ce produit en vente libre aurait bien été pris en 2016 et non en 2015, avant son interdiction.

 

La plupart des 330 athlètes suspendus provisoirement pour usage de ce produit (en grande majorité originaires de Russie ou d’Europe de l’Est), ont depuis été autorisés par leurs fédérations respectives à reprendre la compétition. A ce jour, il n’est pas certains qu’une part significative des procédures ouvertes cette année pour usage du meldonium débouchent sur des sanctions. C’est le cas notamment des trois coureurs cyclistes russes concernés.

 

Nous avons toutefois retenu le cas très médiatisé de Maria Sharapova, puisque la sentence de 2 ans a d’ores et déjà été prononcée par l’ITF, avant d’être réduite à 15 mois en août dernier par le TAS. La joueuse de tennis avait reconnu, dans ses déclarations, avoir poursuivi son traitement en début d’année 2016. A la connaissance du public, elle est la seule,  à ce jour, à avoir été sanctionnée pour l’usage de ce produit qui restera en 2017 sur la liste des substances prohibées par l’AMA.

 

 

Les sportifs russes privés de JO à Rio

 

Nous avons en revanche pris en compte (en bleu, sur l’infographie) les 111 sportifs russes incriminés par le rapport McLaren qui ont été retirés par leurs fédérations internationales des Jeux Olympiques de Rio. Précisons que ces exclusions n’ont pas toutes déclenché des procédures disciplinaires à l’encontre des sportifs impliqués, certains étant écartés des JO au motif de faits de dopage antérieurs pour lesquels ils avaient déjà été sanctionnés. 

 

Richard McLaren, l’auteur de ce rapport a récemment précisé qu’il lui faudra encore plusieurs mois pour rédiger la version finale de son enquête dont la deuxième phase « se consacre en priorité aux informations  […] sur les athlètes », le juriste canadien ajoutant qu’il transmettra ensuite ces informations aux fédérations.

 

 

Les échantillons de Pékin et Londres ré-analysés

 

La Russie est également la nation la mieux représentée dans les cas de dopage révélés par les échantillons  récemment ré-analysés par l’AMA et datant de 2008 (JO de Pékin) et 2012 (JO de Londres). L’agence mondiale a indiqué que parmi ces analyses rétrospectives portant sur plus de 1200 échantillons, 98 nouveaux cas positifs étaient apparus, dont seuls 55 ont été nommément révélés (en rouge sur notre infographie). Restent 43 cas ayant occasionné des sanctions à la discrétion des fédérations concernées, sans que l’on sache de quel(le)s athlètes il s’agit, ni de quels sports il est question.

 

Pour le MPCC, la transparence constitue un gage de crédibilité vis à vis de la politique antidopage menées par ces fédérations internationales. Notre mouvement encourage cet effort bien illustré par le cyclisme à travers la publication de toutes les suspensions provisoires et sanctions publiées sur le site de l’Union Cycliste Internationale (UCI).

 

 

Les grandes tendances de l'année

 

Le rapport McLaren a donc exposé au grand jour les forts soupçons concernant un dopage d’Etat en Russie. Mais la surexposition de ce scandale en pleine période pré-olympique a occulté un autre problème sanitaire majeur qui concerne les ligues américaines. Depuis quelques années la Ligue de Baseball (MLB) a renforcé sa politique antidopage tout en l’accompagnant d’un arsenal de sanctions. Il est symptomatique de constater que le nombre de procédures augmente constamment depuis 7 ans et que pour la première fois dans l’histoire de la MLB, un joueur, pris pour une troisième infraction, a été sanctionné à vie. Ce seul sport suffit à faire des Etats-Unis et de la République Dominicaine les 2 nations dotées du plus grand nombre de sportifs suspendus cette année pour dopage.

 

La NFL (football américain) semble vouloir suivre désormais la voie répressive sur laquelle s’est engagé le Baseball à travers un programme qui s’appuie toutefois sur des sanctions fort peu dissuasives : 4 matches de suspension pour une première infraction, 10 matchs pour une seconde infraction. Il y aurait bien plus à dire encore sur la NHL (800 joueurs pros de hockey sur glace) qui en 10 ans n’a mis en évidence que 4 cas de dopage !

 

Il n’est pas impossible cependant que la Russie rejoigne et dépasse ce peloton de tête lorsque le rapport final de Richard McLaren sera enfin publié, avec une implication assez massive dans trois sports sur lesquels se focalisent les plus gros soupçons : l.’Aviron, l’Haltérophilie et l’Athlétisme. Ce dernier étant toujours le sport olympique le plus dénaturé par le dopage, même si le nombre d’infractions commises en 2016 semble confirmer une décrue amorcée l’an passé. C’est aussi valable – à ce jour - pour le Cyclisme. Notre sport depuis deux ans enregistrait une quinzaine de cas annuels et pointait en 4ème position dans cette hiérarchie du pire. Le Cyclisme se classe actuellement en 7ème position avec 7 cas confirmés. Il faudra cependant patienter encore trois mois pour valider ce recul.

 

 

Découvrez les cas de dopage révélés 

 

 

Retrouvez les chiffres du 31 MARS et du 31 mai